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 Explication du mouvement de protestation par les professeurs

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Dhiba

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MessageSujet: Explication du mouvement de protestation par les professeurs   Lun 9 Fév - 21:36

J'ai reçu aujourd'hui un mail de l'administration qui explique le mouvement de protestation des professeurs sur la loi LRU .
Pour l'instant il n'y a pas de mesure qui va être prise officiellement( telle la rétention de notes etc. )

Mouvement de protestation
Explications




Il est rare de voir les universitaires de Paris II protester collectivement contre une réforme. Nous sommes nombreux à n’avoir jamais fait grève. Nous sommes, par métier et tradition, peu enclins à des actions de ce type. Mais la gravité de la situation nous oblige à envisager tous les moyens d’action.

Ce qui est en cause est, directement, notre statut. Or la qualité de l’Université en général, et donc celle de votre formation en particulier, sont intimement liées à ce statut.

La loi dite LRU a été adoptée sans que les universitaires aient pu faire entendre leur voix : les syndicats, au demeurant peu représentatifs du milieu, n’ont guère été entendus ; la réforme a surtout bénéficié du soutien de la Conférence des présidents d’Université, ce que l’on peut comprendre car il est rare qu’une autorité proteste lorsque l’on augmente ses pouvoirs.
Il ne s’agit pas pour nous de nier le besoin d’améliorer l’Université. Mais ce n’est pas cette réforme dont l’Université a besoin : elle aggravera une situation déjà très préoccupante.
La prétendue démocratisation de l’enseignement supérieur s’est faite sans que les moyens matériels correspondants aient été débloqués. Cela explique la situation que les étudiants connaissent parfaitement : locaux sur-occupés, souvent vétustes ; cours tardifs, souvent en sureffectif ; bibliothèque bondée et aux horaires d’ouverture insuffisants ; etc. Cela s’est traduit, pour le corps professoral, par un accroissement permanent de ses charges : multiplication des charges d’examen (corrections de copies et oraux); alourdissement de la charge d’encadrement des équipes pédagogiques ; multiplication des directions de mémoires et thèses ; apparition et développement de charges administratives ; multiplication des charges collectives d’évaluation ; etc. Le tout dans des conditions financières peu enviables : le début de carrière d’un maître de conférences (après environ 10 ans d’études) avoisine les 2.200 euros brut mensuels.
Que l’on souhaite enfin y remédier, notamment en améliorant la gestion des Universités, est un objectif auquel nous souscrivons. Mais l’autonomie de gestion des Universités doit aller de pair avec le respect de nos libertés académiques. La question est essentielle, et largement méconnue, tant de la société civile, que des étudiants eux-mêmes. De quoi s’agit-il ?

L’essence de l’enseignement supérieur est d’associer enseignement et recherche. Les universitaires ont cette particularité d’être chargés, non seulement de transmettre aux étudiants des connaissances « vivantes », mais également de participer au développement et à l’amélioration de ces connaissances. Pour prendre l’exemple du droit, s’il nous appartient de vous expliquer quel est l’état du droit positif, quel est le contenu de la loi, nous devons aussi participer à la science du droit: mise à jour de nouvelles notions, de nouvelles techniques, de lignes de force, de liens entre les questions, etc. Soyons concret : l’universitaire doit conceptualiser la « propriété-sûreté » s’il est spécialiste de droit des sûretés, le « couple » s’il écrit en droit de la famille, réfléchir à l’incidence de l’exception d’inconstitutionnalité s’il est constitutionnaliste, ou à la manière dont les entreprises publiques ont évolué avec la libéralisation de l’économie, etc.
Cette spécificité est au cœur de notre métier. Et c’est elle qui fonde la liberté universitaire : nous devons être libres de nos recherches, libres de choisir nos sujets de réflexion, libres de déterminer nos méthodes d’analyse, libres de nos conclusions et de leur forme d’exposition. Cette liberté existe dans tous les pays démocratiques dotés d’un système universitaire performant : aux Etats-Unis, au Canada, en Allemagne, en Angleterre, en Italie, etc., sous des modalités diverses, notamment en fonction de l’organisation de l’Université dans le pays considéré. Mais elle est, partout, le principe essentiel qui régit les universitaires.

Cette spécificité de l’enseignement supérieur, et cette liberté universitaire essentielle, sont menacées par la réforme projetée.

Notre statut actuel veut que le déroulement de notre carrière soit gouverné par un principe d’égalité, dans le recrutement et dans l’avancement.
La gestion de notre carrière est largement assurée par une instance nationale, le Conseil National des Universités (CNU). Le CNU est chargé d’une double mission : il nous « qualifie » comme étant aptes à exercer le métier d’enseignant-chercheur ; il décide pour partie de notre avancement. Il a une double caractéristique : c’est une instance collégiale, pour deux tiers élue par nous, pour un tiers nommée par le ministère ; c’est une instance organisée par discipline, en ce sens que les juristes décident pour les juristes, les chimistes pour les chimistes, etc. Cette double caractéristique assure une équité minimale entre nous, en fonction notamment de la qualité de nos recherches respectives.
Cela ne veut pas dire que l’investissement particulier de tel ou tel dans son Université n’est pas pris en compte : l’attribution de certaines primes est décidée au niveau local; et il en va de même d’une partie des promotions.
La réforme projetée consiste à transférer l’essentiel des pouvoirs au président d’Université et à son conseil d’administration. Pour mesurer les conséquences du changement, il faut savoir : 1°) que le président d’Université est élu à la majorité absolue des membres élus du conseil d’administration (ce qui comprend les représentants des universitaires, des étudiants et des autres personnels en exercice dans l’établissement) ; 2°) qu’il désigne une partie importante des membres du conseil (les personnalités extérieures à l’établissement).
Le résultat est très simple : d’une gestion nationale par nos « pairs » juristes, qui nous offre une garantie minimale d’équité, nous passerions à une gestion locale, ce qui n’offre pas du tout les mêmes garanties. Organisme resserré, le conseil d’administration ne peut pas être considéré comme étant composés de « pairs » : en raison de la multidisciplinarité des universités, un économiste jugera un juriste, un chimiste un spécialiste de la communication, etc. Pouvoirs locaux, le président d’Université et le conseil d’administration seront avant tout sensibles à des questions de proximité. Le risque de localisme et d’arbitraire est considérable (promotion non pas en fonction de la qualité effective de notre travail, mais sur des critères subjectifs totalement étrangers à notre métier). L’interdisciplinarité « tuera » les petites disciplines, qui ne pourront faire entendre leur voix au conseil d’administration et ne seront pas soutenues par les présidents d’Université. Ce système est contraire à l’indépendance qui caractérise notre fonction d’universitaire, indépendance constitutionnellement reconnue. Il menace gravement l’avenir des disciplines minoritaires dans une Université. Le droit, qui n’est pas une petite discipline, souffrira parce que les « facultés » de droit sont notoirement sous-encadrées : gros contingents d’étudiants, corps professoral restreint… Les étudiants savent-ils que Paris II est l’avant-dernière Université de France pour l’encadrement administratif et professoral ?

Le projet de réforme modifie en outre le contenu de nos obligations de service.
La première règle actuelle est que notre service se partage par moitié entre temps de recherche et temps d’enseignement. La seconde règle actuelle est qu’il nous appartient d’assurer 128 heures annuelles d’enseignement (en cours ou 192 heures TD).
Là encore, il importe de préciser les choses, car cette seconde règle donne souvent lieu à des malentendus effarants. Contrairement à ce qu’avait dit récemment un quotidien national pourtant réputé comme étant « sérieux », ces 128 heures ne constituent pas notre temps annuel de travail. Qui soutiendrait que le présentateur d’un journal télévisé « travaille » une demi-heure par jour ? Ou que le champion olympique du 100m « travaille » 9’’80 tous les quatre ans ? Nos « 128 heures » représentent seulement le temps de présence devant nos étudiants : à ce temps de présence, il faut ajouter le temps de préparation. Les étudiants, familiers des exposés, savent combien d’heures de travail prennent 30 minutes d’exposé ! Ce temps de préparation est évidemment variable, selon les enseignements dispensés et selon les disciplines. Il n’est pas rare qu’un cours de troisième cycle (25 heures de cours sur un semestre) occupe, dans le semestre, quasiment tout le temps de l’enseignant qui le dispense. Mais même en L ou M1, le temps de préparation est, chez nous, souvent considérable : le droit fait assurément partie des disciplines où le temps de préparation est le plus important car la matière sur laquelle nous travaillons est en perpétuel mouvement.
Que prévoit la réforme ? Elle prévoit une « modulation des services », là encore décidée par le président d’Université et le conseil d’administration. Officiellement, il s’agit de permettre à ceux qui font moins de recherche d’enseigner plus, et à ceux qui font plus de recherche d’enseigner moins. On ne dira jamais assez combien cette mesure est dangereuse, hypocrite, et combien elle menace l’enseignement supérieur.
Elle est dangereuse car elle donne au président d’Université et à « son » conseil d’administration le pouvoir d’augmenter les obligations de service des universitaires sans qu’aucun maximum horaire n’ait été prévu, alors qu’un minimum est institué. Le projet de décret se borne à indiquer qu’un « temps significatif pour ses activités recherche » doit être laissé à l’enseignant, ce qui relèvera nécessairement d’une appréciation souveraine.
Elle est hypocrite, car elle vise en réalité à résoudre la question des universitaires qui se contentent d’enseigner : puisqu’ils ne font pas de recherche, il faut les mettre dans les amphithéâtres. Mais ce raisonnement est inacceptable. Concevoir l’enseignement comme la sanction d’une recherche insuffisante aboutira, de facto, à faire enseigner plus ceux qui, d’une part travaillent le moins pour l’Université (la paresse est-elle signe de qualité ?), d’autre part approfondissent le moins leur matière (la superficialité est-elle gage d’un enseignement de qualité)? Imposer à chacun d’assumer ses obligations de service ne doit pas se traduire par une sanction qui aboutit, en fait, à sanctionner… les étudiants.
En outre, et même si le ministère se garde bien de présenter ainsi le problème, il est évident que, dans une période de pénurie budgétaire, cette mesure vise à permettre un accroissement général de notre charge d’enseignement. Mais il est matériellement impossible de continuer de dispenser un enseignement de qualité si notre charge augmente encore quantitativement.
Cette mesure signe enfin, à terme, la disparition de la spécificité de l’enseignement dit « supérieur », qui trouve sa raison d'être, rappelons-le, dans la transmission, principalement dans les cours dispensés aux étudiants, d'un savoir constamment enrichi par les recherches. Déconnecté d’une réflexion personnelle sur la matière enseignée, l’enseignement n’aura plus de supérieur que le nom.

La communauté universitaire redoute les difficultés qui risquent de naître du conflit actuel. Mais elle n’a pas le choix de se faire entendre autrement. Et elle espère que les instigateurs d’une réforme indigne d’une Université de qualité retireront un projet désastreux.

Nous espérons que les étudiants mesurent combien les conditions d’exercice de notre métier déterminent l’avenir de l’Université, et la qualité de leur formation.


Olivier Beaud ; Dominique Bureau ; France Drummond ; Dominique Fenouillet ; Pierre-Yves Gautier ; Alain Ghozi ; Charles Jarosson ; Hervé Lécuyer ; Yves Lequette ; Denis Mazeaud ; Philippe Merle ; Philippe Théry





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